by Christophe ROBIN

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Une décision qui interroge l’avenir de l’accès à la certification

Depuis plusieurs mois, les acteurs de la Validation des acquis de l’expérience (VAE) alertent sur les difficultés croissantes rencontrées par les candidats pour financer leur parcours. La récente décision de France Travail de ne plus prendre en charge les projets VAE des demandeurs d’emploi vient renforcer cette inquiétude.

Cette évolution intervient dans un contexte déjà fragilisé par la disparition progressive de plusieurs dispositifs régionaux de financement et par la réduction des possibilités d’abondement des parcours individuels.

Si la VAE demeure un droit inscrit dans le Code du travail et un outil reconnu de certification des compétences, sa mise en œuvre devient aujourd’hui plus complexe pour de nombreux publics, en particulier pour les personnes en recherche d’emploi.

Une contradiction avec les objectifs de retour à l’emploi

Depuis plus de vingt ans, la VAE constitue un levier efficace d’accès à la qualification pour des milliers de personnes ayant développé leurs compétences par l’expérience professionnelle, associative ou bénévole.

Pour les demandeurs d’emploi, elle représente souvent une opportunité de :

  • faire reconnaître officiellement des compétences déjà maîtrisées ;
  • accéder à des métiers réglementés ou soumis à une exigence de diplôme ;
  • sécuriser un projet de reconversion ;
  • améliorer leur employabilité auprès des recruteurs.

Or, dans de nombreux secteurs en tension, les entreprises continuent de rechercher des candidats disposant de certifications reconnues. La VAE permet précisément de répondre à cet enjeu en transformant l’expérience en qualification.

Réduire les possibilités de financement revient donc à limiter l’accès à un dispositif qui contribue directement à l’insertion et au retour durable à l’emploi.

Une réforme qui avait pourtant suscité beaucoup d’espoirs

La réforme engagée depuis 2023 poursuivait un objectif ambitieux : simplifier les parcours, élargir l’accès à la VAE et augmenter significativement le nombre de certifications obtenues.

La création de France VAE, la dématérialisation des procédures et la volonté affichée de démocratiser le dispositif avaient suscité un réel espoir chez les candidats comme chez les professionnels du secteur.

Cependant, la réussite d’une politique publique ne repose pas uniquement sur les procédures ou les outils numériques. Elle suppose également que les bénéficiaires puissent accéder concrètement aux parcours proposés.

Or, depuis plusieurs mois, les difficultés de financement constituent l’un des principaux freins à l’engagement des candidats.

Une inégalité d’accès qui se renforce

Dans les faits, les salariés bénéficiant d’un employeur mobilisé ou disposant d’un CPF suffisamment alimenté conservent davantage de possibilités pour financer leur démarche.

À l’inverse, les demandeurs d’emploi, pourtant parmi les publics les plus concernés par les enjeux de qualification, voient leurs marges de manœuvre se réduire.

Cette situation crée une forme d’inégalité d’accès à la certification :

  • les personnes disposant de ressources financières ou de soutiens institutionnels peuvent poursuivre leur projet ;
  • les autres sont contraintes de reporter, réduire ou abandonner leur démarche.

Les retours de terrain observés par les membres de l’UFCVAE montrent déjà une augmentation significative des reports de parcours liés à des difficultés de financement.

Le risque d’une autonomie subie

Face à la raréfaction des financements, de nombreux candidats tentent désormais d’engager seuls leur démarche.

Cette autonomie peut sembler positive en apparence. Elle répond d’ailleurs à l’objectif de simplification porté par la réforme.

Cependant, l’expérience montre que la VAE demeure un processus exigeant : choix de la certification, analyse des référentiels, constitution du dossier, préparation du jury, compréhension des procédures administratives.

Sans accompagnement adapté, les risques d’abandon demeurent particulièrement élevés.

Le véritable enjeu n’est donc pas seulement l’accès à la plateforme ou aux procédures, mais la capacité des candidats à bénéficier d’un parcours sécurisé jusqu’à la certification.

Maintenir l’ambition de la VAE

L’UFCVAE rappelle que la VAE constitue un investissement dans les compétences et non une dépense de court terme.

Dans un contexte de tensions de recrutement, de transitions professionnelles et d’évolution rapide des métiers, la reconnaissance des compétences acquises par l’expérience demeure un enjeu stratégique pour les individus, les entreprises et les territoires.

L’enjeu n’est pas seulement de simplifier les parcours ou d’élargir le nombre de certifications accessibles. Il est également de garantir que chaque candidat, quel que soit son statut, puisse bénéficier d’un accès équitable aux dispositifs de financement nécessaires à la réalisation de son projet.

Plus que jamais, la réussite de la réforme dépendra de sa capacité à concilier simplification administrative, accompagnement des candidats et égalité d’accès à la certification.

Source : Délibération n° 2026-18 du 30 avril 2026 (BOFT n° 2026-27 du 5 mai 2026)